Hommage national à la Dominique pour Jeff Joe

France-Antilles Guadeloupe , December 2011

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La mort de Jeff Joseph, survenue le 23 novembre en Martinique, suite à des complications cardio-vasculaires alors qu'il n'avait que 57 ans, a résonné comme un coup de tonnerre dans toute la région et plus particulièrement dans son île natale de la Dominique et dans les Antilles Françaises. Un retentissement qui s'est fait entendre jusqu'à Paris, Londres, New York et Miami. Fort d'une personnalité et d'un talent hors-norme, véritable « bête de scène » et fervent défenseur de la musique et de la culture créoles, Jeff Joe restera une véritable légende caraïbéene.

Né le 24 Septembre 1954 à Saint Joseph, Jeff Joe s'est fait connaître au sein des Grammacks, formation 100% dominiquaise dont il est le chanteur et dont les tubes tels que Soukouyant, Mi Déba ou Cauchemar font partie de la mémoire collective de l'île. Au début des années 1980, c'est la reconnaissance internationale, et les Grammacks se produisent au Super Bowl (finale du championnat de football américain).

« Véritable icône dominicaise »

Après la séparation du groupe en 1985, Jeff Joe est à l'origine du groupe Volt Face, puis Grammacks New Generation (qui fut la tête d'affiche du tout premier World Creole Music Festival de la Dominique, en 1997) et quelques années plus tard, les Grammacks Original se sont reformés pour sortir un nouvel album, Get Up, en 2009.

La vie de Jeff Joe était entièrement dévouée à la musique et, à travers ses chansons et les ponts qu'il bâtissait entre les genres reggae, cadence et calypso, il a inspiré de nombreux artistes non seulement en Dominique mais aussi dans les îles francophones voisines (nul besoin de rappeler l'impact des Grammacks sur Kassav'et toute la culture zouk). Artiste engagé, il a non seulement permis de connecter la Dominique au reste des Caraïbes mais il fut le pionnier d'une révolution culturelle.

Le Premier Ministre dominiquais Roosevelt Skerrit décrit Jeff Joe comme un grand représentant de la Dominique et il estime que sa disparition laisse le pays en état de choc : « Sa mort me laisse dans une tristesse profonde. Il était une véritable icône dominicaise, quelqu'un qui aimait profondément son pays et qui en avait une vision positive » , déclare Roosevelt Skerrit.

En plus d'être adulé pour ses talents musicaux et ses efforts pour préserver la créolité, Jeff Joe était profondément respecté pour son engagement auprès de la communauté qui l'a vu grandir. Il avait pris son sous aile un groupe de jeunes garçons du quartier The Ghetto, à Saint-Joseph. C'est ainsi qu'une rue de cette communauté porte aujourd'hui son nom. Les fans auront pu assister à la dernière performance de Jeff Joe au cours du 15e World Creole Music Festival qui a eu lieu fin octobre à Roseau. Le père du Cadence-lypso y a délivré un concert de classe internationale qui restera dans les mémoires.

Jeff Joe, qui laisse derrière lui sa femme et ses deux enfants, recevra des funérailles nationales et ce jour sera déclaré journée de deuil national (tous les drapeaux des lieux publics du pays seront en berne). Jeff Joe a rempli sa mission. Il a laissé une marque indélébile sur le paysage culturel de la Dominique.

Mara ÉTIENNE-MANLEY, journaliste en Dominique Traduit de l'anglais par Benjamin BLANPAIN-MONTRÉSOR

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